Avancées de la recherche clinique qui vous ont peut-être échappé en 2020

On se souviendra de 2020 comme de l’année où le monde s’est arrêté, dont des milliers de laboratoires de recherche. De nombreux laboratoires ont repris leurs activités avec le temps et si certains ont changé de vocation pour se consacrer à la COVID-19, d’autres travaux de recherche clinique se sont poursuivis.

Les membres de l’équipe éditoriale de DynaMed ont dégagé cinq thèmes de recherche qui ne sont pas en lien avec la COVID-19 et pour lesquels d’importantes percées scientifiques ont été réalisées en 2020 :

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1. Dermatite atopique

La dermatite atopique (aussi appelée eczéma) est une maladie chronique inflammatoire et récidivante de la peau qui affecte de dix à vingt pour cent de la population mondiale. Elle se manifeste souvent durant l’enfance et peut apparaître ou persister à l’âge adulte. Même si l’on recommande en première intention une approche thérapeutique conservatrice qui consiste à appliquer des crèmes hydratantes et à éviter les irritants, la recherche actuelle dans ce domaine s’intéresse surtout à des médicaments capables de soulager les symptômes graves et de prévenir les poussées. Pour les cas de dermatite atopique rebelles, le traitement a longtemps reposé sur des anti-inflammatoires topiques, soit des corticostéroïdes ou des inhibiteurs de la calcineurine, mais plusieurs nouveaux médicaments à action systémique ont récemment été étudiés.

Le dupilumab est un anticorps monoclonal qui bloque les cytokines interleukines 4 et 13 ([IL-4 et IL-13) qui contribuent au processus inflammatoire dans les lésions. Même si le dupilumab est utilisé pour la dermatite atopique chez l’adulte depuis quelques années, un nouvel essai randomisé a montré son efficacité en association avec les corticostéroïdes topiques chez des enfants dès l’âge de six ans. Deux autres essais publiés en 2020 ont porté sur l’inhibiteur de la Janus kinase 1 (JAK1) abrocitinib (Simpson et coll. et Silverberg et coll.). Cela demeure un traitement expérimental, mais l’abrocitinib a atténué la gravité des symptômes chez des adultes et des adolescents souffrant de dermatite atopique allant de modérée à grave. Ensemble, ces nouvelles études fournissent des données probantes sur les bienfaits potentiels de la nouvelle utilisation des médicaments existants et des nouveaux qui pointent à l’horizon pour le traitement de la dermatite atopique récidivante.

 

2. Insuffisance cardiaque avec baisse de la fraction d’éjection

L’insuffisance cardiaque accompagnée d’une baisse de la fraction d’éjection (ou insuffisance cardiaque systolique) est un syndrome clinique complexe caractérisé par une atteinte structurelle et/ou fonctionnelle du ventricule gauche. Lorsqu’il y a une baisse de la capacité de contraction cardiaque, la quantité de sang oxygéné transportée dans l’organisme est insuffisante, ce qui provoque divers symptômes, allant de la dyspnée à l’œdème. On peut habituellement administrer quelques classes de médicaments, telles que les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA), les bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine (BRA) et les bêtabloquants, mais le pronostic reste mauvais.

En 2020, quelques nouvelles études ont porté sur une différente classe de médicaments, les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2), pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque accompagnée d’une baisse de la fraction d’éjection. Les inhibiteurs du SGLT2 sont plus couramment utilisés pour abaisser la glycémie chez les adultes atteints de diabète de type 2, mais ils sont aussi connus pour leurs effets cardioprotecteurs. Une importante méta-analyse a montré que les inhibiteurs du SGLT2 pouvaient réduire la mortalité chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque accompagnée d’une baisse de la fraction d’éjection, y compris ceux ne souffrant pas de diabète; on a ainsi potentiellement découvert une nouvelle classe de médicaments pour traiter l’insuffisance cardiaque.

 

3. Traitement de l’infertilité chez la femme

À l’échelle mondiale, l’infertilité affecterait environ 15 pour cent des couples en âge de procréer qui essaient de concevoir un enfant. Chez la femme, les causes de l’infertilité peuvent être multifactorielles et peuvent inclure : un dysfonctionnement ovulatoire dont des troubles ovulatoires, une insuffisance ovarienne ou l’anovulation, des troubles utérins/cervicaux/péritonéaux, mais il arrive que la cause reste inconnue. Les traitements de l’infertilité dépendent de l’étiologie et peuvent varier grandement. Il existe plusieurs techniques de reproduction assistée pour aider les couples aux prises avec un problème d’infertilité. En 2020, plusieurs revues Cochrane ont été publiées au sujet de diverses modalités de reproduction assistée.

Une étude a évalué la fécondation in vitro (FIV) au moyen de milieux de transfert d’embryons enrichis ou non d’acide hyaluronique, une substance naturellement présente dans l’organisme qui agit comme agent de liaison et qui faciliterait l’implantation de l’embryon. Selon cette étude, une concentration élevée d’acide hyaluronique (supérieure à 0,5 mg/mL) a été associée à un taux plus élevé de naissances vivantes dans une analyse regroupant 10 essais et 4 066 femmes. Dans une autre revue Cochrane, on a vérifié si le nombre d’embryons transférés après une FIV ou une injection intracytoplasmique d’un spermatozoïde affectait le taux de réussite et le risque d’une grossesse multiple chez les femmes éprouvant des problèmes d’infertilité. D’après cette analyse, le transfert répété d’embryons uniques a été associé à des taux de naissances vivantes semblables comparativement au transfert de deux embryons au cours du même cycle et a donné lieu à un nombre inférieur de grossesses multiples. Par contre, le transfert d’embryons uniques pourrait être associé à une probabilité moindre de grossesses et de naissances vivantes comparativement au transfert de deux embryons. Les nouvelles recherches dans ce domaine sont porteuses d’espoir pour les familles aux prises avec un problème d’infertilité. 

 

4. Asthme chez l’adulte et l’adolescent

L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies respiratoires dont la prévalence varie grandement d’une région du globe à l’autre. Malgré l’application d’un plan de traitement séquentiel, de cinq à dix pour cent des patients continuent de présenter des crises d’asthme qui répondent mal au traitement. Chez ces patients, les options sont limitées, et souvent, ils doivent recourir à une corticothérapie prolongée et à doses élevées. Des données ont récemment été publiées sur de nouvelles options de traitements combinés pour l’asthme grave.

L’essai CAPTAIN a révélé qu’une trithérapie par furoate de fluticasone/vilantérol/uméclidinium a amélioré la fonction pulmonaire comparativement à la bithérapie par fluticasone/vilantérol chez les patients souffrant d’asthme modéré à grave non maîtrisé qui prennent des corticostéroïdes par inhalation en plus de bêta-agonistes à action prolongée. Malheureusement, cette association n’a pas eu d’effet à la baisse sur les crises d’asthme. En comparant cette option aux données des essais TIMARAN et TRIGGER sur l’association béclométasone/formotérol/glycopyrronium, on constate que ces autres options pourraient contribuer à réduire le recours aux corticostéroïdes chez les patients souffrant d’asthme grave non maîtrisé.

 

5. Chirurgie bariatrique chez l’adulte

La chirurgie bariatrique peut être une option dans le plan de soins des patients atteints d’obésité sévère. Combinée à l’exercice physique et à l’adoption d’une alimentation saine, la chirurgie bariatrique peut entraîner une perte de poids significative et durable, et une amélioration ou la rémission des comorbidités liées à l’obésité, en plus d’augmenter l’espérance de vie. De nouvelles recherches dans ce domaine ont évalué diverses options chirurgicales bariatriques dans des populations spécifiques, comme l’adulte âgé et les patients souffrant de diabète ou d’hypertension.

Une revue systématique publiée en 2020 a montré que la gastrectomie en manchon laparoscopique (GML) et la dérivation gastrique Roux-en-Y laparoscopique (DGRYL) se sont avérées sécuritaires et efficaces chez les patients de plus de 60 ans, même si les adultes âgés n’avaient pas perdu autant de poids que les adultes plus jeunes. Dans une autre revue systématique, la dérivation gastrique Roux-en-Y laparoscopique favorisait la rémission du diabète, comparativement à la gastrectomie en manchon laparoscopique chez les adultes souffrant d’obésité et de diabète de type 2. Enfin, une troisième étude a fait état de résultats similaires en ce qui concerne la rémission de l’hypertension. D’autres études aideront les patients à déterminer si la chirurgie bariatrique peut oui ou non s’intégrer à leur plan de soins et si oui, quel type.

 

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes, le 26 janvier 2021.

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