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10 choses à savoir sur la COVID-19 maintenant

Plus tôt cette année, l’équipe éditoriale de DynaMed a répondu à dix questions cliniques fréquentes au sujet de la COVID-19. Voici une mise à jour des questions qui préoccupent actuellement les médecins.

Le bulletin d’information EBM Focus fournit des résumés de recherche clinique concis des plus pertinents pour la médecine clinique.

Les réponses apportées ici sont exactes en date du 10 décembre 2020. 

 

1. Que savons-nous des vaccins?

PfizerModerna et AstraZeneca ont toutes les trois fait état des résultats prometteurs de leurs vaccins potentiels respectifs dans des communiqués de presse concurrents. Dans l’essai de phase 3 de Pfizer, on a aléatoirement séparé plus de 43 000 participants en deux groupes : vaccin à ARNm et placebo. On leur a ensuite demandé de déclarer tout symptôme de COVID‑19. Lorsque 170 cas de COVID-19 ont été confirmés chez les participants (162 cas dans le groupe placebo et 8 dans le groupe vacciné), l’analyse a suggéré que le vaccin était efficace à 95 % pour la prévention de la COVID-19 symptomatique (p < 0,0001). À la même période, Moderna a recruté plus de 30 000 participants pour un essai de phase 3 de son vaccin à ARNm. Après la confirmation de 95 cas (90 dans le groupe placebo et 5 dans le groupe vacciné), le vaccin de Moderna a affiché une efficacité de 94,5 % (p < 0,0001). De même, AstraZeneca a publié les résultats d’un essai de phase 2/3 pour un vaccin à vecteur viral, avec 131 cas de COVID-19 chez plus de 23 000 participants.

Contrairement aux deux autres groupes, les chercheurs d’AstraZeneca ont fait une surveillance hebdomadaire de l’infection asymptomatique. Deux schémas posologiques différents ont été étudiés. Chez les participants ayant reçu une demi-dose suivie d’une dose complète à au moins un mois d’intervalle, le vaccin s’est révélé efficace à 90 %. Son efficacité a été de 62 % lorsqu’on a administré deux doses complètes à au moins un mois d’intervalle. Pour ces deux schémas, la majorité des patients ayant manifesté une forme grave de COVID-19 n’avaient pas reçu le vaccin. Aucun problème d’innocuité grave n’a été signalé avec ces vaccins candidats. Les différents vaccins se distinguent par leurs conditions de conservation : le vaccin de Pfizer doit être conservé à -70 degrés Celsius, et celui de Moderna à -20 degrés Celsius, tandis que celui d’AstraZeneca peut être conservé en toute sécurité à une température de 2 à 8 degrés Celsius. On ignore si les vaccins de Pfizer et de Moderna offriront une protection contre l’infection ou la transmission asymptomatique, ou combien de temps durera l’immunité conférée par les trois vaccins. À mesure que le nombre de cas augmente, l’efficacité des vaccins peut diminuer. Mais comparativement à l’efficacité du vaccin contre la grippe saisonnière (généralement 50-70 %), une efficacité de 90 % (ou plus) est très encourageante!

 

2. Après avoir contracté la COVID-19, est-on immunisé?

En avril, nous avons longuement répondu à cette question pour conclure par « nous ne le savons pas ». Aujourd’hui, après avoir recueilli des données pendant plusieurs mois, nous pouvons répondre « peut-être ». Des cas de réinfection à la COVID-19 (symptomatique ou asymptomatique) ont été déclarés, mais le phénomène semble peu fréquent. Les anticorps anti-SRAS-CoV-2 pourraient ne pas persister longtemps, particulièrement chez les patients dont la maladie a été bénigne, ce qui a soulevé une hypothèse selon laquelle l’immunité ne serait pas durable chez tous les patients. En outre, les secondes vagues de COVID-19 s’accompagnent d’un risque d’apparition de variantes du virus et de mutations de la protéine S, ce qui, en théorie, pourrait court-circuiter l’effet protecteur d’une infection précédente ou d’un vaccin. Il semble donc possible de contracter la COVID-19 à nouveau, mais on ignore à quel point ce phénomène peut se répandre et s’il est causé par une baisse de l’immunité, une mutation des souches virales ou les deux.

 

​3. Peut-on se fier aux tests de dépistage rapides pour écarter le diagnostic de la maladie?

Un test positif peut probablement confirmer la présence de la maladie, mais il ne faut pas être faussement rassuré par un résultat négatif. Une revue systématique a comparé deux types de tests rapides (antigénique et moléculaire), avec le test d’amplification en chaîne par polymérase couplée à une transcription inverse (RT-PCR). Les tests rapides avaient une sensibilité groupée de 56,2 % (IC de 95 % : 29,5 %-79,8 %) et une spécificité de 99,5 % (IC de 95 % : 98,1 %-99,9 %). Dans une cohorte de 1 000 patients hypothétiques, si la prévalence de la maladie était de 10 %, 56 recevraient un diagnostic avéré de COVID-19, tandis que 44 obtiendraient un faux négatif et 5 un faux positif. Les tests rapides peuvent donner des résultats en 15 minutes, mais les résultats négatifs devraient être confirmés par RT-PCR.

 

4. Des suppléments peuvent-ils être utiles pour prévenir la COVID-19 ou en réduire la gravité?

À ce jour, aucune étude n’a recensé un quelconque avantage direct associé à la vitamine D ou au zinc pour ce qui est de réduire l’infectivité du SRAS-CoV-2 ou la gravité de la COVID-19. Des données sur une cohorte de 489 patients semblent indiquer un lien entre un déficit en vitamine D et un taux accru de COVID-19 (risque relatif : 1,77; IC de 95 % : 1,12-2,81), mais il est tout aussi probable que des variables de confusion non identifiées exposent certains individus à un risque concomitant de carence en vitamine D et d’infection au SRAS-CoV-2. La situation est la même pour le zinc, avec des études qui ne lui attribuent pas d’effets sur la prévention de la COVID-19, sur sa durée ou sur sa gravité. En accord avec les données des essais cliniques actuels, les National Institutes of Health ne recommandent pas d’augmenter l’apport quotidien en zinc actuellement recommandé comme mesure de prévention contre la COVID-19.

 

5. La transmission verticale est-elle courante?

Dans une méta-analyse récente regroupant 24 études et 1 100 femmes enceintes ayant contracté la COVID-19, les hospitalisations dans les unités de soins intensifs néonataux en lien avec la maladie ont concerné 2 % des nouveau-nés, 19 nouveau-nés sur 444 (4,3 %) ayant présenté un résultat positif au frottis nasopharyngé et 1 nouveau-né sur 5 (20 %) ayant présenté des taux élevés d’IgM et d’IgG sériques avec frottis négatif. Fait à noter, 23 % des nourrissons sont nés avant terme et 85 % des accouchements de cette méta-analyse ont été faits par césarienne. Pour les auteurs, le taux d’accouchement par césarienne ne s’expliquait pas entièrement par la gravité de la maladie chez la mère ni par un risque pour le fœtus et pourrait être partiellement attribuable à un surcroît de prudence clinique en dépit des lignes directrices internationales et américaines qui préconisent l’accouchement vaginal chez les patientes atteintes de COVID-19 lorsque c’est possible. 

 

6. Comment faut-il gérer le risque de coagulopathie?

En plus d’une atteinte alvéolaire, il est maintenant clair que la COVID-19 cause souvent des caillots microscopiques et macrovasculaires dans les poumons en cas d’infection grave. La coagulopathie associée à la COVID-19 est inhabituelle : elle semble associée à des concentrations élevées de D-dimères, même chez ceux qui ne présentent pas de thrombus macrovasculaire, et à des concentrations élevées de fibrinogène sans changement notable des concentrations de plaquettes ou de prothrombine. Pour compliquer les choses, on a signalé des cas de caillots malgré une anticoagulothérapie. Outre une prophylaxie de routine, certains experts recommandent un examen initial, puis une surveillance par échographie Doppler pour dépister toute thrombose périphérique chez les patients atteints de COVID-19 pulmonaire grave, même chez ceux qui n’en présentent pas les symptômes. Ce conseil est approprié dans le contexte des soins intensifs, mais ne pourrait pas être extrapolé au contexte ambulatoire.

 

7. Le groupe sanguin a-t-il de l’importance?

On a d’abord rapporté une association entre les groupes sanguins ABO et la COVID-19 en mars 2020 après qu’une méta-analyse sur 2 000 patients de Wuhan, en Chine, a révélé un lien positif entre le groupe sanguin A et la COVID-19 (rapport des cotes [RC] : 1,28; IC de 95 % : 1,14-1,44), et un lien négatif avec le groupe sanguin O (RC : 0,68; IC de 95 % : 0,59-0,77). En octobre, une méta-analyse de deux études cas-témoins a examiné 8,5 millions de polymorphismes nucléotidiques simples et identifié une famille de gènes 3p21.31 coïncidant avec le locus ABO chez les patients souffrant d’insuffisance respiratoire induite par la COVID‑19. Cette étude a également observé une augmentation du risque de COVID-19 grave associé au groupe sanguin A (RC : 1,45; IC de 95 % : 1,2-1,75) et un risque moindre associé au groupe O (RC : 0,6; IC de 95 % : 0,53-0,79). Cette information laisse entendre que le fait d’être de groupe A pourrait exposer les patients à un risque légèrement plus élevé de COVID-19 grave, tandis que le fait d’être de groupe O pourrait être associé à un risque relativement moindre, même si la portée clinique réelle de ces liens n’a pas encore été adéquatement établie.

 

8. Quelle est la fréquence des pertes sensorielles et autres manifestations neurologiques?

On a accordé beaucoup d’attention à la fréquence des anomalies du goût et de l’odorat associée à la COVID-19 légère. Toutefois, chez les patients hospitalisés, ces symptômes ne sont présents que chez environ 15 % des patients, et des problèmes plus graves sont plus souvent signalés. L’encéphalopathie, l’atteinte leptoméningée, les AVC et les autres complications neurologiques ont été à l’origine de 4 % des décès des suites de la COVID-19. 

 

9. Qu’en est-il des symptômes gastro-intestinaux et de la diarrhée?

Des symptômes gastro-intestinaux sont rapportés chez 3 à 40 % des patients atteints de COVID-19, la diarrhée étant la manifestation la plus fréquente. Les autres symptômes comprennent les nausées et vomissements, les éructations et les douleurs abdominales. Les symptômes gastro-intestinaux peuvent à l’occasion être le seul symptôme au moment où un patient consulte, mais nous ne disposons toujours pas de données de grande qualité sur leur incidence. Une atteinte hépatique peut aussi s’observer et semble plus fréquente en cas de COVID-19 grave. Les problèmes hépatiques peuvent résulter des effets indésirables des antiviraux ou de l’infection elle-même, particulièrement chez les patients diabétiques, ou ayant déjà une insuffisance hépatique.

 

10. Le télétravail permet-il de réduire le risque d’infection?

Une étude cas-témoins s’est penchée sur la situation de travail de 314 patients symptomatiques ayant subi un test de COVID-19. Chez les patients positifs, 35 % travaillaient à domicile et 65 % travaillaient à l’extérieur. En revanche, chez les patients malades mais négatifs, 53 % travaillaient à domicile et 47 % à l’extérieur. Les patients symptomatiques mais ayant eu un résultat négatif pour la COVID-19 étaient plus susceptibles également de se déclarer de race blanche non hispanique, diplômés universitaires et atteints de problèmes de santé chroniques. Après ajustement pour tenir compte de l’âge, du sexe, de la race et des problèmes de santé sous-jacents, les patients atteints étaient plus susceptibles de travailler dans un bureau ou en milieu scolaire (RC ajusté : 1,88; IC de 95 % : 1,2-2,7). En raison du biais propre aux études cas-témoins, ces résultats ont une faible fiabilité, mais valent la peine d’être pris en compte avant de piquer une jasette autour de la machine à café.

 

Pour en savoir plus, consultez la page thématique COVID-19 (Novel Coronavirus) dans DynaMed.

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes. Écrit et révisé par :

  • Carina Brown, M.D., professeure adjointe, Cone Health Family Medicine Residency;
  • Katharine DeGeorge, M.D., M.S., professeure agrégée de médecine familiale à l’Université de la Virginie et rédactrice clinique chez DynaMed;
  • Alan Ehrlich, M.D., directeur de la rédaction chez DynaMed et professeur agrégé de médecine familiale à la Faculté de médecine de l’Université du Massachusetts.

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule.  

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