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Le molnupiravir, la pilule antivirale contre la COVID-19 : trop beau pour être vrai?

Au printemps 2020, les scientifiques du monde entier ont mis tout ce qu’ils trouvaient dans leurs congélateurs dans des boîtes de Petri, en y ajoutant des cellules humaines et le SRAS-CoV-2, le virus à l’origine de la COVID-19. L’objectif? Découvrir des agents capables de protéger les cellules contre cette nouvelle menace. De nombreux médicaments, comme l’hydroxychloroquine, l’ivermectine, certains antiviraux utilisés contre le VIH, se sont avérés efficaces in vitro. Mais souvent, la protection des cellules observée dans la boîte de Petri ne se traduit pas en bienfaits cliniques pour les patients, et beaucoup de ces médicaments prometteurs ont échoué ou donné des résultats peu concluants lors d’essais cliniques, tandis que d’autres sont encore à l’étude.

Un agent a cependant réussi à améliorer le rétablissement des patients atteints de la COVID-19 : le remdésivir, un antiviral. Décrit pour la première fois en 2016, le remdésivir était une molécule prometteuse dont on avait relevé, en contexte in vitro, les effets contre le virus Ebola, le CoV-SRMO et le SRAS-CoV-1, avant qu’on découvre qu’il inhibait également le SRAS-CoV-2. En octobre 2020, la FDA a approuvé un premier usage pour le remdésivir : le traitement de la COVID-19. Le médicament (vendu sous le nom « Veklury ») avait aussi été, en juillet 2020, le premier à être autorisé spécifiquement pour le traitement de la COVID-19 (avec conditions) par Santé Canada. Toutefois, il est recommandé seulement pour les patients hospitalisés atteints d’une forme grave de la COVID-19. Pour ceux qui souffrent d’une forme légère à modérée, l’unique traitement demeure la perfusion d’anticorps monoclonaux.

Le dernier candidat dans la course au remède contre la COVID-19 est un autre antiviral récent : le molnupiravir, dont le mécanisme d’action est similaire à celui du remdésivir. Tous deux inhibent la polymérase de l’ARN viral, bloquant ainsi la capacité du virus à se dupliquer. Initialement étudié pour le traitement de la grippe, le molnupiravir a été testé sur le SRAS-CoV-2 au début de la pandémie et, comme le remdésivir, il a réussi à prévenir la croissance du virus in vitro.

Le molnupiravir étant un comprimé oral à prendre deux fois par jour pendant cinq jours, il sera moins dispendieux et plus facile à administrer que les anticorps monoclonaux, seule autre option actuellement offerte aux patients atteints de la COVID-19 légère à modérée présentant un risque élevé de progression.

Lors d’un essai clinique de phase 1 sur des participants sains, le molnupiravir a été bien toléré et n’a provoqué aucun effet indésirable grave, ce qui a donné lieu à un essai de phase 2 sur des patients atteints de la COVID-19. On a constaté que le molnupiravir réduisait le virus infectieux et accélérait le temps d’élimination du SRAS-CoV-2 chez les patients non hospitalisés. Cependant, l’étude n’était pas conçue pour évaluer les résultats cliniques tels que les hospitalisations et les décès.

Merck, la société pharmaceutique qui a mis au point le comprimé, a récemment annoncé dans un communiqué les résultats d’un essai randomisé de phase 3. Elle y affirme que le molnupiravir s’est montré si efficace chez les patients non hospitalisés atteints de la COVID-19 qu’elle a mis fin à l’essai prématurément (poursuivre l’administration du placebo était contraire à l’éthique). Nous ne sommes pas en mesure de voir les données primaires ni d’évaluer les méthodes de l’étude, mais Merck a déclaré que le molnupiravir réduisait environ de moitié la probabilité d’hospitalisation chez les patients atteints de la COVID-19 légère à modérée qui présentent au moins un facteur de risque associé à une maladie grave. De plus, alors que huit patients du groupe témoin sont décédés, aucun de ceux ayant reçu le molnupiravir n’est décédé pendant l’étude. Ce sont là des résultats encourageants.

Le 13 août 2021, Merck a soumis à Santé Canada une demande d’approbation visant le molnupiravir en vertu de l’arrêté d’urgence de la ministre de la Santé. L’examen est en cours. Aux États-Unis, la FDA se penchera sur la pertinence d’accorder au molnupiravir une autorisation d’utilisation d’urgence le 30 novembre.

Enfin, le molnupiravir fait aussi l’objet d’essais pour la prophylaxie postexposition, le but étant d’évaluer s’il peut freiner la propagation de la COVID-19 au sein des ménages. S’il est efficace pour prévenir la forme grave de la maladie chez des personnes ayant des contacts étroits, il pourrait constituer un autre outil servant à protéger les populations les plus vulnérables et à haut risque.

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes. Rédigé par :

  • Vito Iacoviello, M.D., rédacteur en chef adjoint de la section infectiologie, allergologie et immunologie chez DynaMed
  • Heather D. Marshall, Ph. D., responsable du contenu en matière de santé publique chez DynaMed

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