Réponses aux questions cliniques des médecins sur la COVID-19

Dans cet article d’EBM Focus, l’équipe de DynaMed répond à dix questions fréquentes sur la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Le bulletin d’information EBM Focus fournit des résumés de recherche clinique concis des plus pertinents pour la médecine clinique.

La pandémie de COVID-19 évolue rapidement, tout comme l’information disponible à son sujet. Les réponses apportées ici sont exactes en date du 30 avril 2020.

1. Quand une personne s’est remise de la COVID-19, peut-elle contracter la maladie de nouveau?

S’il est évident que les patients atteints de la COVID-19 développent des anticorps contre le virus responsable, la durée de la protection demeure incertaine. Les tout premiers travaux de recherche sur des macaques suggèrent une immunité à court terme chez les primates, mais ces travaux n’ont pas encore été évalués par les pairs. L’étude des données sur les survivants des épidémies comme celles du SRAS (taux de mortalité de 11 %, 2002) et du SRMO (taux de mortalité de 39 %, 2012) pourrait nous aider à développer un vaccin. Les coronavirus sont des virus à ARN qui mutent rapidement, ce qui soulève des questions quant à la permanence de l’immunité (c’est la raison pour laquelle le vaccin contre la grippe doit être renouvelé chaque année).

2. Combien de temps le coronavirus peut-il demeurer viable dans l’air et sur les surfaces?

Le SRAS-CoV-2 peut demeurer viable dans l’air pendant des heures et sur les surfaces pendant plusieurs jours. La demi-vie médiane du virus sous forme de gouttelettes aérosolisées est d’environ une heure, mais il arrive qu’il survive plusieurs heures sous cette forme. Des tests in vitro ont montré que le SRAS-CoV-2 peut survivre jusqu’à 72 heures sur le plastique et l’acier inoxydable, jusqu’à 24 heures sur le carton et jusqu’à 4 heures sur le cuivre. Ce qui demeure incertain, c’est la charge virale nécessaire pour provoquer une infection; même si on détecte la présence de particules virales sur le carton, on ne sait toujours pas si le virus peut ensuite infecter les voies respiratoires.

3. Mes patients sont nombreux à me poser des questions sur les masques en tissu. Que puis-je leur dire sur leur efficacité comparativement aux masques chirurgicaux?

Les données se font rares sur l’efficacité des masques en tissu pour protéger spécifiquement contre le virus causant la COVID-19 (dont la taille des particules est d’environ 0,12 micromètre). Si les masques artisanaux (sans filtre) peuvent freiner la transmission de certaines particules en suspension, ils se sont avérés beaucoup moins efficaces que les masques chirurgicaux fabriqués en usine pour empêcher la transmission de la grippe. Des données probantes indiquent que certains matériaux sont plus efficaces que d’autres, et l’efficacité d’un masque en tissu muni d’un filtre de sac d’aspirateur pourrait se rapprocher de celle d’un masque chirurgical pour cet usage. Les masques artisanaux ne protègent peut-être pas les personnes qui les portent de manière significative, mais ils peuvent réduire la propagation du virus par des personnes asymptomatiques et limiter les contacts avec le visage.

4. Est-il vrai que la transmission de la COVID-19 ralentira avec le réchauffement saisonnier?

Rien ne prouve que le temps chaud s’accompagnera d’une baisse des cas de COVID-19; chose certaine, le nombre de cas augmente de façon exponentielle dans des régions du monde où la température est actuellement plus élevée qu’ici, par exemple en Amérique du Sud et en Afrique. Cependant, la transmission du SRMO s’est avérée en partie aggravée par des températures froides et venteuses, et certains chercheurs ont émis l’hypothèse que des facteurs saisonniers autres que la température (comme les fêtes traditionnelles) auraient aggravé l’épidémie actuelle de COVID-19.

5. Que savons-nous des effets du coronavirus sur les enfants?

Des données chinoises indiquent que jusqu’à 16 % des enfants infectés seraient asymptomatiques. La plupart des enfants n’auront que de légers symptômes, mais un faible pourcentage, en particulier les enfants atteints d’autres maladies sous-jacentes, développent des symptômes plus graves et requièrent des soins intensifs. Des enfants sont décédés des suites de la COVID-19.

6. En cas de symptômes ou d’un dépistage positif à la COVID-19, les mères devraient-elles cesser l’allaitement?

Bien que certaines questions sur la transmission du SRAS-CoV-2 demeurent sans réponse, il semblerait que le virus ne se retrouve pas dans le lait maternel. Les mères dont le test de dépistage est positif et celles en attente de résultats devraient prendre des précautions supplémentaires lorsqu’elles allaitent (par exemple, se laver les mains, porter un masque et envisager de couvrir le bébé avec une couverture ou une serviette).

7. Un test négatif permet-il d’écarter le diagnostic d’une infection au SRAS-CoV-2?

Il faut garder en tête la probabilité prétest et la prévalence lors de l’interprétation des résultats d’un test de dépistage de la COVID-19. À moins que la sensibilité du test soit de 100 % (on estime actuellement que celle du test pour le SRAS-CoV-2 varie de 70 à 80 %), si la prévalence et le risque de maladie sont élevés, un test négatif ne permet pas d’écarter le diagnostic. La possibilité d’un faux négatif devrait être envisagée, particulièrement si les expositions récentes du patient et ses symptômes cliniques suggèrent une COVID-19. Étant donné les restrictions actuelles de l’accès au dépistage, la prévalence réelle de la COVID-19 est presque assurément sous-estimée.

8. Les patients atteints de la COVID-19 devraient-ils continuer de prendre leurs inhibiteurs de l’ECA ou leurs ARA?

Le SRAS-CoV-2 utilise les récepteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ECA2) pour pénétrer dans les cellules respiratoires et cardiaques. Bien que des recherches sur modèles animaux aient montré des changements dans l’expression de l’ECA2 avec l’utilisation d’inhibiteurs de l’ECA et d’ARA, il n’existe aucune étude clinique décrivant des issues cliniques liées à l’utilisation de ces médicaments. L’American Heart Association (AHA) et l’American College of Cardiology (ACC) recommandent actuellement de poursuivre l’administration des inhibiteurs de l’ECA et des ARA, étant donné leurs propriétés cardioprotectrices éprouvées. En outre, certains chercheurs proposent même d’utiliser les ARA comme traitement concomitant potentiel contre la COVID-19.

9. Est-il sécuritaire pour les patients atteints de la COVID-19 de prendre de l’ibuprofène?

Bien que des travaux scientifiques fondamentaux aient suggéré que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pourraient augmenter l’expression de l’ECA2, les données probantes actuelles indiquent que l’utilisation d’ibuprofène et d’autres AINS est sécuritaire chez les personnes atteintes de la COVID-19. L’Organisation mondiale de la Santé s’est d’abord prononcée contre l’utilisation d’AINS, avant de se raviser, et l’Agence de la santé publique du Canada, à l’instar d’autres organisations, continue de recommander cette classe de médicaments pour les traitements symptomatiques et antipyrétiques.

10. Si un patient est assis dans ma salle d’attente avec quelqu’un qui présente des symptômes de COVID-19, son risque d’exposition est-il élevé?

Les gens assis dans la même salle d’attente qu’une personne présentant des symptômes de la COVID-19 (à au moins deux mètres de distance) courent probablement un risque d’exposition faible. L’Agence de la santé publique du Canada recommande que toute personne qui tousse ou a de la fièvre porte un masque lorsqu’elle se trouve dans une salle d’attente pour réduire autant que possible le risque d’exposition des autres personnes présentes.

 

Pour en savoir plus, consultez la page thématique COVID-19 (Novel Coronavirus) dans DynaMed. Les membres de l’AMC ont accès à DynaMed, un outil clinique d’une valeur de 399 $ US par an compris dans leurs frais d’adhésion.

Vous avez une question clinique précise sur ce sujet ou sur n’importe quel autre? Communiquez avec l’équipe du service Interrogez nos bibliothécaires et demandez une recherche documentaire.

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes.

 

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. Ce sujet vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Cet article d’EBM Focus a été rédigé et révisé par le Dr Alan Ehrlich, rédacteur en chef chez DynaMed et professeur agrégé en médecine familiale à la faculté de médecine de l’Université du Massachusetts, le Dr Dan Randall, rédacteur adjoint en médecine interne pour DynaMed, la Dre Katharine DeGeorge, M. Sc., professeure agrégée en médecine familiale à l’Université de Virginie et rédactrice clinique pour DynaMed, Terri Levine, Ph. D., principale rédactrice médicale en obstétrique et gynécologie pour DynaMed, et la Dre Carina Brown, professeure adjointe au programme de résidence en médecine familiale de Cone Health.

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