Comment fonctionnent les vaccins à vecteur adénoviral contre la COVID-19?

Les virus sont du matériel génétique entouré d’une enveloppe protéique ayant la capacité d’infecter les cellules, de détourner la machinerie cellulaire et de se répliquer. Ils sont détectés par le système immunitaire et stimulent une réponse immunitaire innée et adaptative, et souvent, une forte mémoire immunologique qui protège l’hôte contre la réinfection. C’est pourquoi les chercheurs ont utilisé des virus comme vecteurs ou porteurs d’antigènes dans les vaccins pour offrir une protection contre les maladies infectieuses.

 

Les adénovirus contre le SRAS-CoV2

Les adénovirus sont des virus à ADN non enveloppés dotés d’un ensemble de propriétés qui en font de bons vecteurs vaccinaux. Les adénovirus infectent un large éventail de types de cellules, ils sont faciles à modifier génétiquement et ils ne provoquent naturellement que des infections respiratoires légères ou asymptomatiques, ce qui les rend relativement sûrs. De plus, l’échange de gènes (remplacement d’un gène adénoviral essentiel nécessaire à la réplication par le gène du vaccin) rend les vecteurs incapables de se répliquer, ce qui contribue également à leur innocuité. De nombreux vaccins à vecteur adénoviral ciblent les maladies virales parce que les adénovirus imitent une puissante réponse immunitaire antivirale, et leur utilisation comme vaccin contre le SRAS-CoV-2 ne fait pas exception.  

Le niveau d’immunité préexistante au vecteur est un élément à prendre en considération lors de l’utilisation de vaccins à vecteur adénoviral. Les adénovirus étant des agents pathogènes respiratoires naturels, la plupart des personnes sont exposées à bon nombre d’entre eux pendant l’enfance et possèdent une certaine immunité contre le vecteur, ce qui peut atténuer la réponse au vaccin. Pour contourner ce problème, des sérotypes d’adénovirus rares, tels que Ad26 et Ad35, et des adénovirus non humains, notamment les virus du chimpanzé, du gorille et du macaque rhésus, peuvent être utilisés comme vecteurs vaccinaux.

Le vaccin à adénovirus est injecté dans le muscle de la partie supérieure du bras, provoquant des réactions immunitaires. Les détails sont décrits dans les paragraphes ci-dessous.

Image utilisée avec l’autorisation de DynaMed. © 2021, Services d’information EBSCO.

 

Comment les adénovirus déclenchent-ils une réponse immunitaire?

Les vaccins à vecteur adénoviral, comme ceux d’AstraZeneca et de Janssen autorisés au Canada, sont injectés par voie intramusculaire dans le muscle deltoïde, où ils infectent les cellules musculaires par endocytose médiée par la clathrine. Les virions s’échappent des endosomes et sont transportés vers la membrane nucléaire par les microtubules. Après s’être arrimé à un complexe de pores nucléaires, l’ADN adénoviral est libéré dans le noyau, où le gène responsable de la production des spicules du SRAS-CoV-2 est transcrit en ARN messager (ARNm). L’ARNm est transporté dans le cytoplasme, où des ribosomes le traduisent en protéine de spicule du SRAS-CoV-2. Les cellules musculaires autour du point d’injection fabriquent beaucoup de protéines de spicule qui peuvent être détectées par les cellules immunitaires dans le tissu.

La plaie au point d’injection et un bolus de liquide injecté causent un stress cellulaire qui alerte le système immunitaire d’un problème éventuel. De plus, l’adénovirus stimule une réaction inflammatoire déclenchant la réponse immunitaire. Cette réaction inflammatoire au stress attire les cellules immunitaires dans le muscle, ce qui peut entraîner une douleur, une tuméfaction, ainsi qu’une rougeur du bras au point d’injection.

Les cellules présentant l’antigène (CPA) constituent un type de cellule immunitaire qui est attiré vers le point d’injection. Le vaccin à vecteur adénoviral peut infecter les CPA, fabriquer la protéine de spicule (comme cela se fait dans les cellules musculaires) et stimuler les lymphocytes B et les lymphocytes T CD8. Les CPA jouent également un autre rôle central dans le déclenchement de la réponse immunitaire en récupérant les protéines extracellulaires, les cellules mortes et les débris au point d’injection. Elles décomposent les protéines, notamment la protéine de spicule, et présentent les fragments peptidiques aux lymphocytes T CD4. En outre, les CPA transportent les antigènes du point d’injection jusqu’aux ganglions lymphatiques drainants, au niveau local, où les antigènes ont plus de chances de trouver des lymphocytes B, des lymphocytes T CD4 et des lymphocytes T CD8 avec des récepteurs pouvant reconnaître la protéine de spicule.

Lorsque les lymphocytes auxquels sont présentés les antigènes sont activés, ils prolifèrent et se différencient en cellules naïves, puis en cellules effectrices. Les lymphocytes B effecteurs fabriquent des anticorps de différents types qui accomplissent des tâches distinctes. La neutralisation est une fonction importante des anticorps générés après la vaccination (ils se lient au virus et l’empêchent d’infecter les cellules). Les lymphocytes effecteurs T CD4 ont un large éventail de fonctions, qui vont de l’aide aux lymphocytes B pour fabriquer les anticorps les plus ciblés jusqu’à la neutralisation de la réponse immunitaire. Les lymphocytes effecteurs T CD8, souvent appelés lymphocytes T cytotoxiques, sondent l’organisme et éliminent les cellules infectées. Toute cette activité immunitaire peut causer des symptômes systémiques comme de la fièvre, de la fatigue et des douleurs musculaires. Cette réaction normale, connue sous le nom de réactogénicité, est plus fréquente après la deuxième dose de vaccin.

Articles connexes

Comment fonctionnent les vaccins à ARNm contre la COVID-19?

Interrogez nos bibliothécaires – Les vaccins et la campagne de vaccination contre la COVID-19

Réponses à cinq questions sur les vaccins contre la COVID-19

 

L’innocuité et l’efficacité des vaccins à adénovirus

La plus importante conséquence de la vaccination est que certaines cellules effectrices persistent et conservent la mémoire de la protéine de spicule propre au SRAS-CoV-2 (il s’agit des lymphocytes B mémoires et des lymphocytes T mémoires). Si une personne vaccinée est infectée par le SRAS-CoV-2, les anticorps circulants peuvent se lier au virus, et les lymphocytes B et T mémoires déclenchent une réponse rapide et forte pour l’éliminer. Pour les vaccins à adénovirus, cette réponse peut prévenir les symptômes chez environ deux tiers des personnes, et la forme grave de COVID-19 ainsi que la mort dans presque tous les cas.

Maintenant que des centaines de millions de personnes sont vaccinées dans le monde entier, il semble que les vaccins à adénovirus contre la COVID-19 sont à la fois sûrs et efficaces, et qu’ils seront une arme clé dans l’arsenal déployé pour mettre fin à cette pandémie. Toutefois, il reste encore beaucoup à apprendre, car on a observé que les infections par certains variants du SRAS-CoV-2 n’étaient pas prévenues aussi efficacement.

Pour en savoir plus, consultez la page thématique COVID-19 (Novel Coronavirus) dans DynaMed.

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes. Rédigé par :

  • Vito Iacoviello, M.D., rédacteur en chef adjoint de la section infectiologie, allergologie et immunologie chez DynaMed;
  • Heather D. Marshall, Ph. D., responsable du contenu en matière de santé publique chez DynaMed.

Les membres de l’AMC ont accès à DynaMed, un outil clinique de référence d’une valeur annuelle de 399 $ US compris dans leurs frais d’adhésion.

Vous avez une question sur la COVID-19 ou sur un autre sujet clinique? Communiquez avec l’équipe du service Interrogez nos bibliothécaires et demandez une recherche documentaire.

À propos de l’auteur

DynaMed est un outil conçu à l’intention des cliniciens pour faciliter les soins efficaces fondés sur des données probantes. Des médecins et des spécialistes effectuent de rigoureuses revues quotidiennes de publications médicales pour vous proposer des analyses, des synthèses et des conseils objectifs en temps opportun. DynaMed fournit des renseignements sur les médicaments de Micromedex, des lignes directrices canadiennes et internationales et des illustrations médicales. Les membres de l’AMC ont accès à DynaMed, un outil clinique d’une valeur de 399 $ US par an compris dans leurs frais d’adhésion.

Plus de contenu par Équipe éditoriale de DynaMed
Précédent
Des réponses à quatre questions fréquentes au sujet du syndrome post-COVID/COVID long
Des réponses à quatre questions fréquentes au sujet du syndrome post-COVID/COVID long

Qu’entend-on par COVID long? Quel en est le traitement? L’équipe éditoriale de DynaMed présente les données...

Prochain
Experts travaillent à instaurer un climat de confiance à l’égard des vaccins au sein des communautés noires
Experts travaillent à instaurer un climat de confiance à l’égard des vaccins au sein des communautés noires

Pour vaincre la réticence à l’égard du vaccin contre la COVID-19, des scientifiques noirs organisent des as...

Le Carrefour AMC du bien-être des médecins rassemble des ressources et des outils de bien-être vérifiés par une équipe d’experts.

EN SAVOIR PLUS