Au cœur du défi d’innovation : une équipe montréalaise met les bouchés doubles pour fabriquer des respirateurs à faible coût

February 4, 2021 Personnel de Joule

« Le défi a été lancé à un moment où tout le monde était très préoccupé par la COVID-19, notamment de nombreux ingénieurs érudits qui étaient pris à la maison, loin de leur bureau. » – Reza Farivar, superviseur de projet, professeur à l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences intégratives

La pandémie a mis au jour plusieurs faiblesses du système de santé.

Au printemps dernier, au moment où l’Italie était l’épicentre de la crise, les images de médecins et de travailleurs de la santé forcés de choisir à quels patients iraient les respirateurs et d’autres équipements vitaux ont choqué le Dr Peter Goldberg.

Chef des soins intensifs au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à Montréal, le Dr Goldberg a alors commencé à s’inquiéter des réserves de son hôpital.

À cette époque, le coût des respirateurs rendait presque impossible leur accumulation : beaucoup de modèles à l’hôpital valaient environ 30 000 $, et les appareils les moins chers sur le marché se vendaient de 5 000 à 10 000 $ l’unité. Or, les respirateurs étaient essentiels au traitement des patients atteints de la COVID-19.

C’est alors que Reza Farivar a proposé au Dr Goldberg l’idée du Défi Respirateur CODE VIE, un défi mondial d’innovation visant la conception de respirateurs peu coûteux, simples, faciles à utiliser et à construire pour pallier la pénurie.

Le Dr Peter Goldberg a reçu une subvention à l’innovation sur la COVID-19 de Joule pour son travail sur l’initiative Made for All, la phase deux du Défi Respirateur CODE VIE. Apprenez-en plus sur le programme et sur les bénéficiaires des subventions.

 

Concrétisation d’une idée

Reza Farivar et un groupe d’intensivistes ont présenté leur idée au président de la Fondation de l’Hôpital général de Montréal dans le but d’obtenir du financement pour la remise d’un prix.  

« Quand j’y repense, je me rends compte que notre idée s’appuyait sur peu de choses et que les responsables de la Fondation prenaient un grand risque, souligne Reza Farivar. C’était très courageux de leur part. »

Avec l’approbation du conseil d’administration de la Fondation et sous la direction du Dr Goldberg, l’équipe de médecins a lancé le Défi Respirateur CODE VIE à la mi-mars, en collaboration avec l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) et le Centre ENGINE (Engineering Innovation and Entrepreneurship) de l’Université McGill.  

L’Association médicale canadienne, la Banque Scotia et Gestion financière MD ont appuyé le projet en remettant à l’équipe de l’argent pour le prix et à assumer une partie des coûts opérationnels du défi.

 

Phase un

La phase un du défi était ambitieuse : un sprint de deux semaines pour trouver un concept de respirateur à faible coût qui pourrait servir à traiter des patients atteints de la COVID-19 partout au Canada et à l’étranger.

« N’ayant jamais entrepris un tel projet, nous ne savions pas ce que l’avenir nous réservait », explique Reza Farivar.

Le Défi Respirateur CODE VIE a eu un succès retentissant. On a reçu plus de 2 600 inscriptions, ce qui représentait plus de 1 000 équipes en provenance de 94 pays. L’un des demi-finalistes, l’entreprise canadienne CAE, a mis sur pied un nouveau respirateur et a décroché un contrat fédéral grâce à sa participation au défi.

Pour mettre les prototypes à l’essai, on a formé une équipe d’experts, notamment des équipes d’experts en soins intensifs, des inhalothérapeutes, des spécialistes en dispositifs médicaux et des fabricants de respirateurs mécaniques de renommée mondiale.

Trois finalistes ont été sélectionnés, et c’est Haply, une équipe montréalaise, qui a remporté le défi de conception en mai.

« Nous avons choisi son concept pour sa simplicité, mais aussi pour sa robustesse, décrit Reza Farivar, et parce qu’il était le plus susceptible de mener à la création de l’appareil dont nous avions besoin. »

« Ce fut un travail d’équipe monumental. Je me compte extrêmement chanceux d’avoir eu à mes côtés des personnes très patientes et ingénieuses pour me dire : “Eh bien, c’est un petit peu plus compliqué que ça, mais voyons ce que nous pouvons faire.” » – Reza Farivar

Phase deux

Un concept en main, l’équipe a lancé la phase deux en juillet, financée par Joule et la Fondation de l’HGM, et appelée initiative Made for All. L’objectif était de fabriquer un appareil dont la valeur serait inférieure à 1 000 $ et qui obtiendrait l’approbation de Santé Canada.

Durant cette phase du défi, des experts de la fabrication et de la conformité, dont des ingénieurs industriels et concepteurs, des experts en équipement médical, des rédacteurs techniques et des experts en soins respiratoires, se sont rassemblés pour peaufiner le concept, tout en veillant à ce que le coût total de l’appareil demeure sous la barre des 1 000 $ CAN.

Selon Reza Farivar, bien que le concept doive encore être amélioré pour passer à travers le processus d’approbation de Santé Canada, l’équipe se prépare à fabriquer les quelques premières unités au printemps.

Une fois le concept approuvé par Santé Canada, l’équipe prévoit publier un protocole de fabrication et vendre une licence à faible coût. Grâce à cette licence, des respirateurs pourront être fabriqués localement, ce qui réduira les retards et la perte de cargaisons, fléaux associés aux produits fabriqués à l’étranger.

« Si nous y parvenons, il s’agira d’un des respirateurs les plus abordables qu’on ait jamais vus », souligne Reza Farivar.

 

Perspective mondiale

Même si le Canada a su maintenir des stocks adéquats de respirateurs depuis le lancement du défi, le besoin de respirateurs rentables demeure criant dans certains pays à revenu faible et moyen.

« Il y a toujours une énorme disparité dans la disponibilité des respirateurs », explique Reza Farivar. « Au début de la pandémie, le Canada avait à peu près autant de respirateurs que l’Inde, pour une population de 30 fois inférieure. Et certains pays n’avaient aucun appareil. »

Il fait aussi remarquer qu’une fois la crise sanitaire terminée, ces respirateurs serviront à traiter des patients atteints d’autres maladies, comme la pneumonie virale.

« Chaque année, beaucoup de personnes meurent parce qu’elles n’ont pas eu accès à une assistance respiratoire », ajoute-t-il.

Si les systèmes de santé du monde, complètement saturés, pouvaient se procurer des appareils vitaux peu coûteux, ils auraient un souci de moins.

Pour en savoir plus sur les autres bénéficiaires des subventions à l'innovation sur la COVID-19:

Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. 

À propos de l’auteur

Personnel de Joule

Joule est une filiale de l’Association médicale canadienne (AMC) et vise à aider les médecins dans leur quête de l’excellence clinique. Elle y parvient grâce à l’innovation dirigée par des médecins et en incitant les médecins à utiliser des produits et services de savoir ainsi que des technologies et services novateurs.

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