Percée : un enduit antimicrobien de longue durée pourrait aider à prévenir la transmission de maladies infectieuses

December 17, 2020 Personnel d' AMC Joule

Selon une définition populaire, l’innovation, c’est prendre deux choses qui existent déjà et les combiner d’une façon inédite.

Cette définition, on la retrouve au cœur des actions de la Dre Heidi Britton et de son équipe chez Ionomr Innovations, qui ont réorienté les travaux sur un polymère échangeur d’ions conçu pour les systèmes de stockage d’énergie afin d’en faire un enduit susceptible de réduire la transmission d’agents pathogènes comme le virus causant la COVID-19.

 

La percée

C’est en 2018 que l’équipe d’Ionomr, une entreprise en démarrage de Vancouver, a commencé à envisager d’étendre les applications de ses matériaux échangeurs d’ions, notamment un polymère nommé AemionMC.

Elle avait remarqué que ces matériaux, bien qu’ayant été conçus pour les systèmes de stockage d’énergie, possédaient des propriétés antimicrobiennes potentiellement utiles pour les milieux cliniques et les lieux publics à risque élevé de contamination.

L’idée semblait prometteuse, mais comme les ressources de l’entreprise étaient limitées, l’équipe s’est attelée au déploiement des produits pour l’usage initialement prévu.

Puis la pandémie a frappé, et l’équipe a fait volte-face : elle a repris ses recherches pour travailler le matériau en vue d’une application en santé publique.

« En poussant les recherches, j’ai constaté son efficacité comme enduit », explique la Dre Britton, qui était membre de l’équipe d’Ionomr chargée de la reprise des essais, et qui possède de l’expérience de recherche en biochimie et en génie biomédical ainsi qu’une expérience clinique de première ligne en tant que médecin résidente à temps plein.

 

Résolution d’un problème de marché

Les enduits antimicrobiens ne sont pas une nouveauté pour les milieux cliniques. Ils y sont utilisés depuis des années sur les surfaces souvent touchées comme les poignées de porte, les comptoirs et les boutons d’ascenseur pour réduire le risque d’infections nosocomiales.

Mais ils sont nombreux à présenter des problèmes tenaces.

Certains sont peu durables et doivent être fréquemment réappliqués; ils se dégradent après exposition aux produits désinfectants et peuvent être endommagés par les rayons UV ou par le récurage et le frottement mécanique. D’autres sont dommageables pour l’environnement ou trop dangereux pour être employés sur les surfaces qui seront touchées, ce qui limite leur utilisation dans les hôpitaux et les lieux publics.

Par ailleurs, le contexte de pandémie a exigé un renforcement des protocoles de nettoyage et ainsi fait croître la nécessité – et la demande – de produits antimicrobiens améliorés.

Le polymère échangeur d’ions d’Ionomr pourrait être une solution.

« Les résultats obtenus jusqu’à présent laissent penser que son effet sur les bactéries et les virus est supérieur à celui de matériaux concurrentiels comme le nanoargent, et c’est aussi un produit durable, facile à appliquer et non toxique pour l’environnement », explique la Dre Britton.

Elle ajoute que ce polymère s’avère susceptible de fournir une protection antimicrobienne sécuritaire, uniforme et fiable aux populations vulnérables et au grand public.

La Dre Heidi Britton a reçu une subvention à l’innovation sur la COVID­19 de Joule pour le travail réalisé avec Ionomr Innovations inc. sur un polymère échangeur d’ions. Apprenez-en plus sur le programme et sur les bénéficiaires des subventions.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’équipe multidisciplinaire de l’entreprise vancouvéroise Ionomr Innovations inc.

Un avantage concurrentiel

Dérivé du matériau haute résistance utilisé dans les combinaisons spatiales, le polymère échangeur d’ions d’Ionomr est cependant unique par son extrême densité de charge, sa stabilité chimique et sa durabilité.

« Nous avons observé jusqu’ici qu’il est très résistant à la dégradation par rayonnement UV, au blanchiment, à l’encrassement et à d’autres facteurs, comparativement à d’autres enduits antimicrobiens », souligne la Dre Britton.

Deux types de produits sont possibles : le polymère peut former un enduit mince et transparent ou être électrofilé en fibres destinées à la confection de tissus pour les masques et les filtres de systèmes de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air (CVCA).

 

Et maintenant?

Selon la Dre Britton, Ionomr prévoit offrir son enduit dans les hôpitaux au début de 2021. À long terme, l’entreprise espère que le produit pourra être employé dans d’autres lieux à risque élevé comme les foyers de soins de longue durée et les transports en commun, et fabriqué sous une forme utilisable dans les tissus, les systèmes CVCA et l’équipement médical.

Étant donné que le polymère est déjà fabriqué pour son usage initial, la Dre Britton est persuadée que l’entreprise pourra augmenter rapidement sa production.

« Nos premières discussions à ce sujet avec des leaders ont été très positives, confie-t-elle. Toute l’équipe a hâte aux prochaines étapes. »

_

Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule.

À propos de l’auteur

Personnel d' AMC Joule

AMC Joule soutient les médecins et les apprenants en médecine dans la poursuite de l’excellence clinique. En tant que filiale de l’Association médicale canadienne (AMC), AMC Joule appuie la profession en offrant des programmes de formation continue et d’autres possibilités d’apprentissage, de même que des outils de recherche et des produits cliniques de pointe fondés sur des données probantes.

Twitter LinkedIn Consulter le site Web Plus de contenu par Personnel d' AMC Joule
Précédent
Une « démarche audacieuse » : Expansion d’un modèle intégré de soins aux personnes atteintes de démence en 2021
Une « démarche audacieuse » : Expansion d’un modèle intégré de soins aux personnes atteintes de démence en 2021

Avec son modèle déjà mis en œuvre dans 117 collectivités, cette bénéficiaire d’une subvention à l’innovatio...

Prochain
La nécessité engendre l’innovation : une famille de la côte est s’unit pour repenser le masque N95
La nécessité engendre l’innovation : une famille de la côte est s’unit pour repenser le masque N95

La Dre Susan Ripley et Takaya Technology Inc. ont repensé le masque N95 afin d’en améliorer l’efficacité et...