Comment parler à vos enfants de la COVID-19 si vous faites partie du personnel médical

Il peut être difficile pour les parents de parler à leurs enfants de situations dangereuses ou inquiétantes comme la pandémie de COVID-19.

Ces conversations peuvent être particulièrement éprouvantes si vous devez vous exposer, dans le cadre de votre travail, à des patients qui ont officiellement contracté le virus.

Ressources en santé mentale pour les enfants et les jeunes

En collaboration avec Santé mentale en milieu scolaire Ontario et Jeunesse, J’écoute, Jack.org a mis sur pied un carrefour de ressources qui contient de l’information fiable, de l’aide et des outils destinés aux jeunes. L’initiative a reçu du financement de la Fondation AMC.

Si ton enfant a peur que vous alliez travailler, devez-vous lui dire que tout ira bien pour le rassurer?

Non. Il est important de transmettre à vos enfants des informations honnêtes et exactes. Vous ne devriez pas leur promettre quelque chose que vous ne pouvez pas garantir.

Vous pouvez cependant les rassurer en leur disant qu’il y aura toujours quelqu’un pour s’occuper d’eux. Voici quelques principes de base à garder à l’esprit :

Parlez de sécurité et de contrôle

Dites à vos enfants comment vous vous protégez du virus. Ensemble, faites la liste des mesures que vous prenez l’un et l’autre pour augmenter votre sécurité. Cela peut comprendre le lavage des mains et autres mesures d’hygiène, mais aussi le fait de bien dormir, de bien manger, de parler à d’autres personnes et de faire de l’exercice. Mettez en place ces stratégies avec vos enfants.

Fournissez-leur des renseignements exacts

Répondez honnêtement aux questions de vos enfants sur les dangers de la maladie, mais parlez-leur aussi des progrès médicaux, des signes de guérison et autres éléments plus positifs. Contentez-vous de répondre aux questions qu’ils vous posent. Ils vous le diront s’ils ont besoin de plus d’information. Les enfants plus âgés en auront appris davantage dans les médias; demandez-leur de vous raconter ce qu’ils ont entendu et corrigez tout malentendu.

Renforcez les liens

Tous les enfants ont besoin de se sentir en sécurité. Parlez-leur des adultes dans leur vie qui peuvent prendre soin d’eux quand vous êtes au travail.

Parlez de sentiments

Que ce soit vous ou une autre personne qui prend soin de vos enfants, créez un espace sûr où ils pourront exprimer leurs sentiments. Accordez à vos enfants toute votre attention. Essayez de ne pas minimiser leurs émotions dans le but de les rassurer. Respectez plutôt leurs sentiments et aidez-les à déterminer des mesures proactives pour faire face à la situation (p. ex., « Je sais que tu vas t’inquiéter quand je serai au travail. Dis-moi une chose que tu peux faire quand tu t’inquiètes beaucoup. »).

Concentrez-vous sur les points forts

Votre enfant a-t-il déjà vécu une situation où il a dû surmonter sa peur ou son anxiété par le passé? Ou encore, avez-vous des exemples d’autres personnes de votre entourage qui font face à l’adversité avec bravoure? Discutez des leçons que l’on peut tirer des situations difficiles.

N’oubliez pas :

  1. Les enfants réagissent différemment selon leur âge. Il faut savoir adapter son discours à l’âge des enfants. Les enfants plus âgés ont normalement besoin de renseignements plus détaillés que les enfants plus jeunes.
  2. Certains enfants sont plus vulnérables que d’autres. Les enfants qui ont déjà vécu une perte ou une séparation peuvent être plus facilement gagnés par la peur et pourraient bénéficier d’un soutien supplémentaire.
  3. Les enfants sont résilients. Des études montrent que l’issue la plus courante d’un événement extrêmement stressant est le rétablissement. Ayez confiance : les enfants sont capables de surmonter les situations difficiles, d’en tirer des leçons et d’en ressortir grandis.

 

Gérer vos propres craintes et inquiétudes

Pour comprendre le degré de sécurité et de dangerosité d’une situation, les enfants observent leurs parents. Soyez conscients de vos propres émotions et de ce que vous transmettez à vos enfants, par vos paroles, mais aussi par le ton de votre voix, votre langage corporel, etc.

Il n’y a rien de mal à ce que vos enfants soient exposés à vos émotions, même s’il s’agit de tristesse ou d’anxiété. Vous leur montrez ainsi qu’il est normal d’éprouver des sentiments et qu’il est important d’en parler et de demander de l’aide au besoin.

Vous avez tout à fait le droit de vous sentir trop dépassés pour amorcer ces discussions avec vos enfants; y a-t-il quelqu’un d’autre dans votre entourage qui peut vous aider? Ces conversations peuvent aussi se faire par téléphone ou par vidéoconférence. Même si cette situation comporte beaucoup d’éléments sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, il faut se concentrer sur ce que nous pouvons contrôler. Par exemple, avoir un plan sur la façon de quitter le travail en toute sécurité.

Vous concentrer sur la situation dans son ensemble peut aussi vous aider. Y a-t-il des croyances culturelles, religieuses ou familiales qui vous aident dans votre travail et donnent un sens à votre vie? Sondez ces croyances pour vous-même et discutez-en avec votre famille; en ayant des buts précis, il peut être plus facile de traverser les moments d’incertitude.

 

Préparez vos enfants si vous devez vous isoler

Vous avez le choix de vous isoler ou non. Pour prendre cette décision, vous devez tenir compte des facteurs de risque pour vous-même et pour les membres de votre famille, puis mesurer l’importance de ces risques par rapport à la difficulté de ne pas être avec votre famille. Il n’y a pas de bonne réponse. Essayez de prendre cette décision avec les autres adultes qui prennent soin de vos enfants et avec vos enfants plus âgés.

Les enfants ont besoin de routine et de prévisibilité pour s’épanouir, surtout lorsqu’ils sont très jeunes. Si vous devez vous séparer de vos enfants pour une période prolongée, pensez à établir un plan concret, auquel vous pourrez rester fidèle, pour déterminer quand vous parlerez à vos enfants.

  1. Insistez sur l’aspect temporaire de la situation. Même si nous ne savons pas quand cette crise se terminera, elle se terminera.
  2. Offrez des options à vos enfants et planifiez ensemble comment vous resterez en contact; vous renforcerez ainsi le sentiment de contrôle de vos enfants ainsi que le lien émotionnel que vous entretenez avec eux. Par exemple :
    • Par téléphone ou vidéoconférence, planifiez des communications régulières et courtes (p. ex., une fois par jour pour 5 à 10 minutes). En sachant qu’ils pourront communiquer avec vous à un moment précis de la journée, vos enfants seront rassurés et sauront que vous allez bien. Si la communication prévue est trop longue, vous pourriez ne pas être en mesure de remplir votre promesse.  
    • Par écrit (p. ex., échangez des courriels, messages textes, Google docs, etc.), prévoyez comment échanger de l’information sur votre journée. Les jeunes enfants pourraient avoir besoin d’un projet plus structuré; vous pourriez notamment convenir de partager chacun votre tour a) une chose que vous avez faite pendant la journée et b) une chose que vous avez hâte de faire le lendemain. Essayez d’éviter l’Internet, étant donné que la couverture médiatique ne contribue généralement pas au sentiment de calme et de contrôle.

_

Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Mme Catherine Costigan

Catherine Costigan est psychologue clinicienne et une professeure à l’Université de Victoria.

Plus de contenu par Mme Catherine Costigan
Précédent
Conseils d’une clinicienne pour réduire l’anxiété et le stress causés par la COVID-19
Conseils d’une clinicienne pour réduire l’anxiété et le stress causés par la COVID-19

Peut-être avez-vous ces jours-ci l’impression de courir un marathon, sans toutefois connaître la distance o...

Prochain
Deux semaines d’auto-isolement : une médecin raconte son expérience
Deux semaines d’auto-isolement : une médecin raconte son expérience

Quand la Dre Ann Collins et son mari sont partis en Floride, ils ne se doutaient pas qu’ils allaient devoir...