Traitement à base d’anticorps monoclonaux antiviraux contre la COVID-19 : est-ce efficace?

Les anticorps monoclonaux sont utilisés pour traiter un large éventail de problèmes de santé, allant du cancer aux maladies auto-immunes. Le traitement à base d’anticorps monoclonaux le plus connu pour soigner les maladies infectieuses est un médicament du nom de ZMapp. Ciblant le virus Ebola, le ZMapp est une combinaison de trois anticorps monoclonaux qui a été approuvée en 2014, pendant la plus importante éclosion d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Au début de la pandémie de COVID-19, plusieurs entreprises ont commencé à développer des anticorps monoclonaux dirigés contre un autre virus mortel, le SRAS-CoV-2.

 

Fonctionnement des anticorps monoclonaux

Lors d’une réponse immunitaire, les cellules B (aussi appelées lymphocytes B) produisent des anticorps qui ciblent l’agent pathogène. De nombreuses cellules B participent à cette réponse en produisant une grande variété d’anticorps qui se lient à différentes régions de l’agent pathogène; au cours de ce processus, appelé la « neutralisation », les anticorps vont essentiellement recouvrir l’agent pathogène afin de l’empêcher d’infecter des cellules. Le principal objectif de la vaccination est de susciter une réaction des anticorps neutralisants afin qu’ils empêchent l’agent pathogène d’infecter des cellules et protègent ainsi les personnes vaccinées d’une infection.

Les anticorps appelés « anticorps polyclonaux » sont produits par l’organisme en réponse à une infection ou à la vaccination et ciblent différentes zones de l’agent pathogène. À l’inverse, les anticorps monoclonaux, qui sont fabriqués en laboratoire, ne ciblent qu’une partie précise de l’agent pathogène. Les anticorps monoclonaux antiviraux peuvent toutefois neutraliser l’agent pathogène s’ils ciblent la protéine utilisée par cet agent pathogène pour infecter les cellules. Dans le cas du SRAS-CoV-2, il s’agit de la protéine de spicule.

 

Traitements approuvés contre la COVID-19

À ce jour, quatre anticorps monoclonaux ciblant la protéine de spicule du SRAS-CoV-2 ont été autorisés aux États-Unis, et un au Canada. Ces anticorps sont utilisés pour traiter des patients externes à risque élevé présentant une forme légère à modérée de la maladie en vue d’éviter qu’elle évolue vers une forme grave. Ces quatre anticorps monoclonaux sont appelés « bamlanivimab » (autorisé au Canada), « etesevimab », « casirivimab » et « imdevimab ». En plus d’être quasiment impossible à prononcer, le nom de ces anticorps monoclonaux contient le suffixe « mab », pour « monoclonal antibody » (« anticorps monoclonal » en français).

 

Preuves d’efficacité

Le traitement est administré par perfusion intraveineuse, le plus souvent dans le centre de perfusion d’un établissement de soins de santé ayant un accès immédiat à des moyens de traiter les réactions graves à la perfusion, le cas échéant. La raison d’être de ce traitement ambulatoire s’explique ainsi : une fois que l’état de santé des patients est suffisamment grave pour nécessiter une hospitalisation, la réponse immunitaire a déjà poussé l’organisme à produire ses propres anticorps pour lutter contre l’infection, et l’ajout d’anticorps supplémentaires a peu de chance d’être bénéfique. L’essai ACTIV-3 a confirmé ce point en montrant que le bamlanivimab n’améliorait pas le rétablissement des patients hospitalisés en raison de la COVID-19.

À l’inverse, puisque les patients externes peuvent être à un stade plus précoce de l’infection, le traitement à base d’anticorps monoclonaux antiviraux peut être efficace pour ralentir la réplication virale et empêcher la maladie d’évoluer vers une forme grave. Un traitement combiné d’anticorps bamlanivimab et etesevimab, ou casirivimab et imdevimab, réduisait la charge virale de SRAS-CoV-2 chez les patients présentant une forme légère à modérée de la COVID-19 dans les essais BLAZE-1 et REGN-COV2 respectivement. Bien que le traitement ait diminué la quantité de virus SRAS-CoV-2 chez les patients, la combinaison bamlanivimab-etesevimab n’atténuait pas les symptômes et ne raccourcissait pas le temps de guérison, et ces résultats cliniques n’ont pas été évalués dans l’autre essai. En revanche, la combinaison bamlanivimab-etesevimab réduisait les consultations médicales liées à la COVID-19 (0,9 % avec le traitement comparativement à 5,8 % avec un placebo, p = 0,049), tandis que la baisse des consultations médicales était peu importante avec la combinaison casirivimab-imdevimab (3 % avec le traitement contre 6 % avec un placebo). Dans l’ensemble, ces études suggèrent que le traitement à base d’anticorps monoclonaux peut contribuer à accélérer la clairance du SRAS-CoV-2 chez les patients présentant une forme légère à modérée de la maladie, ce qui ne semble pas avoir d’incidence sur les symptômes, mais pourrait réduire le besoin de consultations médicales et alléger la pression exercée sur les systèmes de santé.

 

Difficultés liées au traitement à base d’anticorps monoclonaux

Au-delà de son efficacité, le traitement à base d’anticorps monoclonaux présente des défis logistiques. Premièrement, le coût élevé de développement des médicaments et le processus de fabrication chronophage ont contribué à limiter leur approvisionnement. Deuxièmement, le traitement et la surveillance se déroulent en grande partie dans des centres de perfusion spécialisés qui ne sont pas présents dans tous les établissements de soins de santé et ne sont pas forcément accessibles aux personnes vivant dans des régions éloignées ou disposant de moyens de transport limités. En fin de compte, ces difficultés entraînent une distribution inéquitable du traitement à base d’anticorps monoclonaux, ce qui risque d’aggraver les inégalités socioéconomiques existantes déjà exacerbées par la pandémie. En outre, le traitement des patients présentant une forme légère à modérée de la COVID-19 dans un centre de traitement ambulatoire augmente le risque de transmission, puisque ce traitement a lieu à un moment où les patients sont susceptibles d’être les plus contagieux. Étant donné que les centres de perfusion traitent souvent des personnes immunodéprimées (comme les personnes atteintes de cancer qui subissent une chimiothérapie), le risque de transmission n’est pas négligeable.

Comme le traitement à base d’anticorps monoclonaux antiviraux semble plus efficace au début de la maladie, il est également testé en tant que prophylaxie post-exposition pour les personnes en santé ayant été exposée à quelqu’un atteint de la COVID-19. La société Regeneron a rapporté dans un communiqué des résultats intermédiaires positifs pour la prophylaxie post-exposition, ouvrant potentiellement la voie à cette utilisation. Cependant, à mesure que la vaccination progresse à l’échelle mondiale, les besoins en prophylaxie vont sans aucun doute diminuer.

 

Conclusion

Somme toute, le traitement à base d’anticorps monoclonaux antiviraux est-il efficace? Si l’on en croit les mesures se rapportant à la charge virale, cela semble être le cas. Cependant, les résultats cliniques sont modestes, et il est probable que le traitement ne bénéficie qu’aux patients présentant un risque élevé d’évolution de la maladie, et ce, pendant une courte période suivant son apparition. Compte tenu de ces facteurs, en plus des nombreux obstacles liés à son administration, le traitement à base d’anticorps monoclonaux a une utilité restreinte pour la COVID-19.


Pour en savoir plus, consultez la page thématique COVID-19 (Novel Coronavirus) dans DynaMed. 

L’article original a été publié sur la plateforme EBSCO Health Notes. Rédigé par :

  • Vito Iacoviello, M.D., rédacteur en chef adjoint de la section infectiologie, allergologie et immunologie chez DynaMed;
  • Heather D. Marshall, Ph. D., rédactrice médicale principale de la section infectiologie, allergologie et immunologie, et spécialiste des médias numériques chez DynaMed.

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