L’innovation à l’œuvre : anticiper les éclosions de maladies infectieuses

February 5, 2020

Dr. Kamran Khan, CEO of BlueDot

 

Lorsqu’il a commencé sa journée de travail, le matin du 31 décembre 2019, le Dr Kamran Khan n’avait aucune idée qu’il était sur le point d’annoncer une épidémie mondiale d’un nouveau coronavirus.

Quelques heures plus tôt, le système de surveillance des maladies infectieuses de BlueDot avait émis une alerte à propos d’un article rédigé en chinois. Cette entreprise, fondée par le Dr Khan, utilise l’intelligence artificielle (IA) pour analyser chaque jour plus de 100 000 articles numériques d’actualité rédigés en 65 langues différentes. L’article en question faisait état d’un cas de pneumonie d’origine inconnue dans un marché aux poissons de Wuhan, en Chine. Le Dr Khan et son équipe de professionnels de la santé – un vétérinaire et quatre médecins – se sont rapidement rassemblés pour vérifier cette histoire et décider des prochaines étapes.

« Pendant notre analyse, nous ignorions si cela se transformerait en une épidémie de cette ampleur, indique le Dr Kamran Khan, chef de la direction de BlueDot. Mais la situation nous préoccupait, car on pouvait observer des similitudes avec le SRAS : un marché où étaient vendus des animaux ainsi que des cas de pneumonie sans cause évidente. »

L’équipe a immédiatement mis en relation les données de son système de surveillance des maladies avec celles de sa base de données, qui surveille le trafic aérien international grâce aux ventes de billets d’avion (préalablement anonymisées) et aux itinéraires de vols. Quelques secondes plus tard, elle a pu examiner tous les itinéraires de vols internationaux des voyageurs au départ de Wuhan (un travail qui prenait auparavant plusieurs semaines) et repérer les lieux se trouvant directement sur la route de l’éclosion au cas où elle prendrait de l’ampleur ou serait plus étendue que prévu.

Le 31 décembre, BlueDot avait alerté ses clients – des gouvernements, hôpitaux et entreprises –, les informant que les endroits les plus à risque de recevoir des cas importés étaient Bangkok, Hong Kong, Tokyo, Taipei, Phuket, Séoul, Singapour et Macao. Cette prédiction s’est avérée exacte : à l’exception de Phuket, tous comptent parmi les premiers à avoir signalé des cas importés du virus.

 

Le système de surveillance à BlueDot qui a prévu le nouveau coronavirus

 

Les alertes de BlueDot sur ce qui serait plus tard caractérisé de « nouveau coronavirus » ont été émises près d’une semaine avant que les grandes agences de santé publique comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis donnent l’alerte, respectivement le 5 et le 8 janvier.

tweetable: « Face à une épidémie, le mot d’ordre est la rapidité », indique le Dr Kamran Khan, chef de la direction de BlueDot.

« Nous sommes à une époque où nous avons un accès accru aux données. Nous disposons d’outils d’analyse comme l’IA, qui nous permettent d’interpréter d’importants volumes de données, ainsi que de technologies numériques comme Internet et les téléphones intelligents avec lesquelles nous pouvons diffuser l’information plus vite que les maladies se propagent. Nous devons exploiter ces innovations. »

C’est l’épidémie de SRAS de 2003, qui a complètement pris au dépourvu les travailleurs du secteur de la santé canadien, qui a incité le Dr Khan à créer BlueDot. À l’époque, il venait de revenir à Toronto pour entamer sa carrière à l’Hôpital St. Michael, après avoir suivi une formation spécialisée en infectiologie à New York. Et il avait été frappé par les dégâts causés par le virus à Toronto : 44 morts, y compris des travailleurs de la santé, des pertes financières de plusieurs milliards de dollars et une ville entière paralysée.

Pour en savoir plus sur ce qui a inspiré le Dr Khan à créer BlueDot, écoutez notre balado de 2018 (en anglais seulement)

Le Dr Khan a passé les dix années suivantes à étudier les façons dont les maladies infectieuses peuvent se propager à travers le monde et dont les voyages aériens relient la population mondiale. Il a ensuite fondé BlueDot à Toronto en 2013.

Les modèles d’évaluation des risques de l’entreprise ont pu prédire six mois à l’avance la propagation de nombreuses épidémies de maladies infectieuses, dont la plus récente est celle du Zika, en Floride.

En 2016, Joule a accordé au Dr Khan l’une de ses toutes premières subventions à l’innovation de 25 000 $ pour BlueDot, afin qu’elle puisse mettre sur pied l’aide clinique PanMEDIC, qui se trouve actuellement dans une nouvelle phase de développement. De plus, BlueDot est parvenue à obtenir un financement de 9,5 millions de dollars américains pour la conception et la commercialisation de ses produits d’IA. L’entreprise emploie actuellement 40 personnes.

Le Dr Khan indique que la prochaine étape pour BlueDot consistera à rendre son système d’alerte précoce accessible aux travailleurs de la santé de première ligne. Présentement, l’entreprise met à l’essai une application appelée Insights dans plusieurs dizaines d’hôpitaux au Canada et aux États-Unis. Celle-ci envoie aux travailleurs de la santé des alertes sur les maladies infectieuses en temps réel en fonction de l’endroit où ils se trouvent, et ce, partout dans le monde.

« La population canadienne est la plus mobile au monde, précise le Dr Khan. Comment un membre du personnel infirmier au triage peut-il savoir à quoi il a affaire face à un patient qui revient de Dacca, au Bangladesh, avec de la fièvre, une éruption cutanée et des douleurs articulaires? »

« Nous devons nous assurer que nos travailleurs de la santé ont toute l’information requise à portée de main, car c’est ce qui leur permettra de mieux se protéger, mais aussi de mieux protéger leurs patients, nos hôpitaux et même nos villes. »

Interrogez nos bibliothécaires : Le nouveau Coronavirus (Covid-19)

Le Dr Khan est loin d’avoir terminé son travail sur l’actuelle épidémie de coronavirus. En effet, en plus de dizaines d’autres éclosions de maladies infectieuses dans le monde, BlueDot continuera de surveiller la propagation de ce que l’OMS considère à présent comme une urgence de santé publique de portée internationale. Cependant, le Dr Khan est intimement convaincu que les alertes précoces comme celles émises par BlueDot le 31 décembre peuvent aider les pays du monde entier à être mieux préparés.

« Nous ne savions même pas ce qu’était le SRAS avant qu’il fasse son apparition dans nos villes et nos hôpitaux. Dans le cas de cette épidémie de coronavirus, les données, les analyses et la technologie dont nous disposons aujourd’hui permettent aux médecins et au personnel infirmier d’anticiper, ce qui rend la situation bien plus sûre. »

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

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