Il doit y avoir une meilleure façon de faire : invention d’un robot de désinfection pour accélérer les protocoles de nettoyage

October 29, 2020 Personnel de Joule

« Nous voulions offrir l’environnement chirurgical le plus sûr possible à nos patients — d’autant plus que nous pratiquons surtout des chirurgies de la cataracte, ce qui fait que notre principale clientèle est généralement plus âgée et court un plus grand risque de mortalité en cas d’infection. » – Dr Joseph Ma, directeur médical, Bionic-i™

Pendant l’état d’urgence ce printemps, les hôpitaux canadiens ont pris des mesures draconiennes pour endiguer la propagation de la COVID-19. Les interventions chirurgicales planifiées ont été suspendues pendant des semaines, allongeant des listes d’attente déjà très longues.

Par exemple, le temps d’attente pour une opération de la cataracte a augmenté de 75 journées additionnelles, selon une récente étude commandée par l’Association médicale canadienne (AMC) visant à quantifier l’arriéré causé par la première vague de COVID-19 pour six interventions.

Quand les services chirurgicaux ont repris, les hôpitaux ont subi des pressions croissantes pour rattraper l’arriéré, qui s’accompagne d’un nouveau défi : le temps additionnel requis pour désinfecter les salles d’opération afin d’assurer leur sûreté avant chaque intervention.

« Les protocoles relatifs à la COVID-19 obligent les médecins, les travailleurs de la santé, les cliniques et les hôpitaux à fonctionner à une cadence plus lente qu’à l’habitude », fait remarquer le Dr Joseph Ma, chirurgien ophtalmologiste à Toronto (Ontario).

Il soutient que les procédures de désinfection additionnelles, qui peuvent prendre de 30 minutes à une heure, entraînent des retards qui limitent l’accès aux soins — surtout pour les patients qui ont besoin d’une intervention chirurgicale ou de soins spécialisés très en demande.

« À la réouverture initiale, nous avons constaté que des chirurgiens qui reçoivent habituellement de 30 à 40 patients pouvaient n’en opérer que 7 à 10, explique-t-il. Cela a eu des conséquences importantes sur nos services de chirurgie, et nous avons voulu trouver une solution. »

 

En quête d’efficacité

Le Dr Ma a cherché un produit existant sur le marché, mais n’a rien trouvé qui pouvait éliminer la contamination des aérosols assez rapidement tout en répondant aux normes des salles d’opération.

« Malheureusement, les produits n’étaient pas optimisés pour notre problème. Nous cherchions des dispositifs pour stériliser les surfaces et, même s’ils permettaient de le faire en trois minutes, cela signifiait trois minutes par surface. Avec toutes les autres procédures, on parlait encore d’environ 50 minutes par salle. »

Le protocole actuel adapté à la COVID-19 pour les interventions générant des aérosols exige que la salle soit ventilée pendant 30 minutes après chaque chirurgie, avant que le personnel de nettoyage puisse entrer pour désinfecter les surfaces.

Le Dr Ma s’est dit qu’il devait y avoir une meilleure façon de faire, et lui et son équipe chez Bionic-i™ ont commencé à penser à un appareil pouvant rendre le processus plus efficace. Le résultat? Le robot de stérilisation Lightshield™ Hyperflow™.

Le Dr Joseph Ma a reçu une subvention à l’innovation sur la COVID‑19 de Joule pour son travail sur le robot de stérilisation Lightshield™ Hyperflow™ de Bionic-i. Apprenez-en plus sur le programme et sur les bénéficiaires des subventions.

Prototype du robot de stérilisation Lightshield™ Hyperflow™

Prototype du robot de stérilisation Lightshield™ Hyperflow™

 

Comment ça fonctionne

L’appareil offre deux modes pour désinfecter l’air et les surfaces de la salle d’opération :

  • Le mode Lightshield™, où une technologie de désinfection par UVC stérilise l’air et les surfaces exposés au rayonnement;
  • Le mode Hyperflow™, où une technologie de filtration de l’air HEPA chauffe, cisaille et filtre l’air contaminé.

Pendant une intervention chirurgicale, le personnel peut mettre l’appareil en mode Hyperflow™ pour désinfecter tout aérosol produit pendant qu’il travaille. L’appareil peut filtrer l’air en tout temps.

Après une intervention, le personnel quitte la salle et, une fois à une distance sécuritaire, il met l’appareil en mode Lightshield™ à l’aide d’un téléphone intelligent; les deux technologies peuvent alors travailler de concert.

Dans une salle d’opération standard, le processus de désinfection progressif dure trois minutes.

La technologie par téléphone intelligent fonctionne par abonnement et utilise l’intelligence artificielle et l’apprentissage machine, ce qui permet à Bionic-i™ d’améliorer continuellement le logiciel.

« Nous avons conçu notre appareil en fonction des interventions générant des aérosols. Bien que l’opération de la cataracte puisse générer des aérosols, elle n’a pas été catégorisée comme telle. Nous pensons que notre appareil peut avoir un effet encore plus important dans le cas des interventions posant un risque plus élevé d’aérosolisation des virus — comme les interventions nécessitant une intubation ou une manipulation des cavités orale ou nasale. »

Une longueur d’avance

Dès le départ, le Dr Ma et son équipe se sont concentrés sur le risque de transmission de la COVID-19 par aérosols, et ont cherché à fabriquer un appareil permettant d’atténuer ce risque.

« De nouvelles études nous faisaient craindre qu’en utilisant des appareils à ultrasons immergés dans des fluides corporels en salle d’opération, nous pourrions artificiellement produire des aérosols viraux. Des études sur l’aérosolisation du virus de la COVID-19 ont démontré que des particules virales viables peuvent persister pendant plus de 16 heures, et nous ne voulions prendre aucun risque. »

Cette hypothèse sur la transmission par aérosols a été récemment confirmée par l’OMS, dans un commentaire indiquant que le virus SRAS-CoV-2 peut être transmis pendant des interventions médicales qui génèrent des aérosols.

 

Calé en innovation

Le Dr Joseph Ma a commencé à travailler dans le domaine de l’innovation il y a 20 ans, ce qui l’a amené à son poste actuel de directeur médical chez Bionic-i™. Avant la pandémie, son équipe et lui travaillaient sur un instrument médical implantable visant à aider les personnes ayant une déficience visuelle.

Selon le Dr Ma, leur travail sur les dispositifs médicaux les a avantagés dans cette nouvelle entreprise, et leur a donné la capacité de réagir rapidement.

« Nous avions déjà eu des relations de travail avec des gens possédant l’expertise requise pour commercialiser très vite une telle solution; nous avons donc pu rapidement changer de cap pour que cela devienne possible. »

Le Dr Ma et son équipe ont rassemblé des experts de divers domaines, dont l’intelligence artificielle, la communication par radiofréquences, la conception de circuits intégrés, la navigation autonome, l’optique, l’irradiation et le génie électromécanique, afin de mettre au point cette solution.

Le Dr Joseph Ma tenant l’implant pour cataracte de Bionic-i™

 

Au-delà de la salle d’opération

Pendant ce processus, des parties intéressées au-delà de la salle d’opération et du milieu clinique ont communiqué avec le Dr Ma et son équipe, ce qui a poussé ces derniers à élargir la portée initiale du projet.

Jusqu’à maintenant, ils ont pris des dispositions afin de tester l’appareil pour une chaîne hôtelière internationale, un groupe de centres de soins pour les aînés, et les espaces publics d’un gros groupe de vente au détail. En raison de son coût abordable, ils pensent que ses fonctions de désinfection rapide pourraient être mises à profit dans de nombreux autres espaces publics, notamment des écoles, des établissements de soins de longue durée, les transports en commun, des lieux de travail et des restaurants.

« Nombre de ces industries pourraient avoir à faire des rénovations coûteuses pour améliorer la circulation de l’air, ce qui nécessiterait un arrêt de leurs activités, explique le Dr Ma. Nous cherchons à ajouter des fonctions de sécurité additionnelles au prochain modèle afin de pouvoir le déployer dans ces environnements à un coût beaucoup moins élevé. »

Il prévoit que le premier secteur à adopter leur appareil en grande quantité pourrait être celui des chirurgiens buccaux et des dentistes, car leurs cliniques posent un risque de transmission élevé. Bionic-i™ a déjà testé et déployé des prototypes dans de tels environnements et prévoit avoir des versions bêta pour tous les milieux cliniques au début de 2021.

À propos de l’auteur

Personnel de Joule

Joule est une filiale de l’Association médicale canadienne (AMC) et vise à aider les médecins dans leur quête de l’excellence clinique. Elle y parvient grâce à l’innovation dirigée par des médecins et en incitant les médecins à utiliser des produits et services de savoir ainsi que des technologies et services novateurs.

Twitter LinkedIn Consulter le site Web Plus de contenu par Personnel de Joule
Précédent
La nécessité engendre l’innovation : une famille de la côte est s’unit pour repenser le masque N95
La nécessité engendre l’innovation : une famille de la côte est s’unit pour repenser le masque N95

La Dre Susan Ripley et Takaya Technology Inc. ont repensé le masque N95 afin d’en améliorer l’efficacité et...

Prochain
Achats en vrac : le projet pilote d’Accès EPI Canada vient répondre à la demande en milieu communautaire
Achats en vrac : le projet pilote d’Accès EPI Canada vient répondre à la demande en milieu communautaire

De campagne communautaire d’approvisionnement en EPI à programme d’achat coopératif.

Le Carrefour AMC du bien-être des médecins rassemble des ressources et des outils de bien-être vérifiés par une équipe d’experts.

EN SAVOIR PLUS